LA RÉGENCE D 'ALGER

ET LE MONDE TURC

LA RÉGENCE AU XVIe SIÈCLE


L'ADMINISTRATION

— Conçue pour la répression des troubles, l'exploitation des populations.

DIVISIONS ADMINISTRATIVES :

— Alger et ses environs sont placés sous l'autorité directe du Beylerbey et constituent le « Dar es-Sultan ».

Le reste du pays est divisé en trois provinces ou Beyliks, à la tête de chacune d'elles, une sorte de Préfet ou Bey, nommé par le Chef de la Régence.

— On distingue :

- Le gouvernement (ou Beylik) de l'Est : Capitale Constantine.
- Le gouvernement du Centre (Titteri) Capitale Médéa.
- Le gouvernement de l'Ouest (Oranie) : Capitales successives : Mazouna, Mascara, Oran (après 1791).

— Chaque Beylik est divisé en cantons, (outân) administrés par des Caïds, dépositaires de tous les pouvoirs : civil, militaire et judiciaire. Ils veillent également à la mise en valeur des terres pour déterminer l'assiette de l'impôt et participer à sa perception.

Les attributs de leur autorité : un sceau et un burnous rouge.

— En outre, des Cheikhs (chefs de tribus), choisis parmi les familles les plus fidèles, assistent les Caïds.

Remarques  : Dans leur province, les Beys se comportaient comme des souverains indépendants, mais il leur arrivait de se déplacer à Alger tous les deux ans pour rendre hommage et verser eux-mêmes les impôts ou denouche, qu'ils avaient collectés. A tous les échelons de la hiérarchie, la vénalité était de règle, et un « bakchich » bien placé « pouvait limiter les inconvénients de l'arbitraire ».

LA MACHINE FISCALE.

Chaque fonctionnaire préposé, répondait sur sa tête de la rentrée des impôts. Cependant le contribuable en payait beaucoup plus qu'il n'en rentrait dans les caisses de l'État. Des tribus vassales dites tribus makhzen, exemptes d'impôts, encadraient les populations indigènes et participaient à la levée des contributions. « Leur complicité répondait de leur fidélité ».

LA JUSTICE.

— Comme dans le reste de l'Empire Ottoman, elle était rude et expéditive, et les châtiments exécutés séance tenante :

- la bastonnade pour la vente à faux poids le récidiviste était cloué par une oreille à la porte de sa boutique,
- les voleurs, les destructeurs de canalisations avaient le poignet droit sectionné et portaient la main coupée en sautoir,
- le bûcher dressé hors de la porte de Bab el-Oued punissait les relaps,
- les ganches de la porte Bab-Azoun sanctionnaient les délits les plus graves.

LES TURCS ET LES POPULATIONS

— Les Turcs d'Alger ne se sont pas associés aux populations indigènes qu'ils dominaient. Il leur suffisait de bien les tenir en mains grâce aux garnisons de Janissaires installées aux points stratégiques. Elles assuraient aussi le contrôle des grandes routes : Alger-Oran, Alger-Cons-tantine, Alger-Médéa, ainsi que l'artère Alger-Aumale. Bou-Saada-Biskra qui commande le Sud.

— Une politique subtile de pression sur les nomades permettait d'interdire à ces derniers l'accès aux pâturages du Tell.

— D'une façon générale l'autorité des Beylerbeys et de leurs successeurs ne s'est jamais exercée sur plus du sixième du territoire de la Régence d'Alger. Montagnards kabyles, Nomades des Hauts Plateaux vécurent dans une quasi indépendance. Les Turcs portaient d'ailleurs peu d'intérêt aux populations auxquelles ils demandaient seulement,

- de payer l'impôt,
- de ne pas entraver le passage des troupes, et surtout, de ne pas se mêler des affaires de l'État.

— Sur le plan ethnique, les « Kouloughlis », nés de pères turcs et de mères indigènes, n'étaient pas considérés comme Turcs et ne bénéficiaient pas des privilèges attachés à cette qualité. Il en résulta de nombreuses révoltes.

LA MILICE DES JANISSAIRES OU ODJAQ

La Milice d'Alger, introduite dans la Régence à la suite de son rattachement à l'Empire Ottoman par Khaïr ed-Dîn, possédait les mêmes privilèges que ceux concédés aux janissaires du Sultan de Constantinople et comptait environ 15 000 hommes.

C'était à la fois une armée, une garde prétorienne et un instrument de répression.

Recrutement - Les Janissaires ou Ioldachs étaient recrutés en Asie Mineure, parmi les populations les plus déshéritées. Cependant, débarqués à Alger ils se considéraient comme de « grand et illustres seigneurs ».

Durée du service - Le service était d'un an, suivi d'un congé d'égale durée, l'engagement se poursuivait ainsi tant que l'homme était valide.

L'avancement se faisait à l'ancienneté, tout Janissaire pouvait prétendre parvenir aux grades les plus élevés.

La solde était payée au Palais, devant le Bey assisté du Général en Chef de l'armée (Agha) et du Divan. Un changement de Bey, une fête importante, valaient aux janissaires, une augmentation de solde.

Logement - A Alger, les compagnies de Janissaires étaient réparties entre 7 casernes. Les Janissaires mariés pouvaient demeurer en ville. Rappelons que l'actuel Cercle militaire, près de l'Opéra d'Alger, occupe deux anciennes casernes de Janissaires, situées le long de l'ancien rempart Bab-Azoun. Dans les centres importants de l'intérieur de la Régence, comme Tlemcen, Médéa, Biskra, etc., des garnisons étaient installées. Les Janissaires des colonnes mobiles et des camps étaient chargés de la répression des troubles et de la perception des impôts.

Discipline - Chez ces soldats turbulents et pénétrés de leurs prérogatives, les révoltes étaient nombreuses. Les Janissaires renversaient alors la grande marmite de bronze autour de laquelle ils s'assemblaient aux repas, et se répandaient en ville. Cependant, soumis à une juridiction spéciale, ils ne relevaient que de leur: chefs ; les exécutions étaient secrètes.

Le Conseil des officiers de la Milice ou Divan, chargé d'abord de défendre les « intérêts corporatifs » des Janissaires, ne tarda pas à « faire de la politique » et à jouer auprès du Bey un rôle consultatif. En même temps, l'Agha de la Milice accrut son influence dans l'État.

Costume et armement. (Voir gravure et commentaire).

Conclusion :

La Milice est le « second pilier » de l'État Algérien, par son recrutement et son organisation, elle se présente véritablement comme « un morceau de la Turquie lointaine qui s'est trouvé transporté en terre africaine » (Braudel).