LA RÉGENCE D 'ALGER

ET LE MONDE TURC

LA RÉGENCE AU XVIIe SIÈCLE


XVIIe SIÈCLE. LE GRAND SIÈCLE DE LA COURSE EST AUSSI CELUI DES TROUBLES INTÉRIEURS.

UNE MONARCHIE ÉLECTIVE

— Les Pachas, véritables gouverneurs ou vice-rois, étaient sans doute accueillis en Alger avec de grands honneurs, mais leur autorité était mal acceptée par les Raïs et les Janissaires. L'Agha des Janissaires, à la tête de 15.000 hommes, prit une place prépondérante aux dépens du Pacha dont les attributions devinrent surtout honorifiques.

— En 1671, la corporation des Raïs, profitant de la confusion qui régnait dans les affaires de l'État, imposa à la Régence un nouveau chef qui prit le titre de Dey.

— Cependant, à partir de 1689, les Deys furent choisis par la Milice des Janissaires. Alger devint alors une sorte de monarchie élective où « l'assassinat fut érigé comme procédure de succession » (Julien). De 1671 à 1830, 30 Deys se succédèrent ; sur ce nombre, 14 arrivèrent au pouvoir à la suite de l'assassinat de leur prédécesseur.

— Le Dey était désigné à vie, et le plus humble des Janissaires pouvait aspirer à cette dignité. Son pouvoir, en principe contrôlé par le Divan, était en réalité un pouvoir absolu.

DÉVELOPPEMENT DE LA PIRATERIE

UN NOUVEAU TYPE DE NAVIRE.

Au début du XVIIème siècle, la flotte d'Alger Était surtout constituée de galères, bateaux essentiellement à rames.

Vers 1606, un renégat hollandais, Simon Dansa, initia les corsaires de la Régence à la construction et à la manœuvre de véritables voiliers appelés aussi « bateaux ronds » du fait qu'ils étaient seulement 3 ou 4 fois plus longs que larges, alors que ce rapport variait de 6 à 9 sur les galères ou « bateaux longs ». En 1634, le P. Dan compte dans le port d'Alger, 13 bateaux longs (galères, brigantins) et 70 bateaux ronds. (polacres, grandes barques, tartanes, fistres).

Conséquences de cette transformation :

Toute la Méditerranée devint accessible aux pirates qui guerroyèrent jusqu'à Smyrne, Chypre, Alexandrie ; ils purent aussi atteindre des régions encore plus lointaines comme l'Atlantique Nord.

- En 1617, le Raïs Mourad ravage les côtes de l'Islande.
- En 1617, les Corsaires d'Alger attaquent l'île de Madère et emportent jusqu'au cloches des Églises.
- En 1624, « ceux d'Alger » se joignent à « ceux de Salé » (Maroc) pour donner la chasse aux pêcheurs de Terre Neuve, ils vont même jusque sur les côtes d'Acadie (Nouvelle Écosse).
- En 1631, ils patrouillent dans le canal de Saint-Georges et attaquent les navires entre l'Angleterre et l'Irlande.

RÉACTIONS DES PUISSANCES EUROPÉENNES.

L'insécurité en mer devenait totale.

Diverses mesures furent appliquées par les marines européennes :

Armement des bâtiments marchands,

Organisation de convois, semblables à ceux organisés contre les sous-marins dans les guerres modernes.

Croisières annuelles sur les théâtres d'opérations des corsaires, à la sorte du Détroit de Gibraltar pour leur interdire l'Atlantique, le long des côtes d'Espagne, du cap Finisterre au cap Saint-Vincent, pour protéger les navires européens faisant route vers le Sud.

Bombardement des ports des pirates ; pour sa part, Alger fut bombardée au XVIIème siècle par de nombreuses escadres :

Les Anglais en 1622-1665-1672, les Hollandais on 1672 avec l'amiral Ruyter, les Français en 1665 avec Beaufort, en 1689 avec le Chevalier Paul, en 1682-83 avec Duquesne et en 1688 avec d'Estrées.

C'est en représailles du bombardement de 1683 que les Turcs firent subir au Père Levacher le supplice du canon.

— Il faut ajouter aussi les descentes à terre, le long des côtes d'Afrique du Nord, comme par exemple la tentative d'occupation de Djidjelli en 1694 par un corps expéditionnaire français.

— Les résultats obtenus étaient sans rapport avec les sacrifices consentis. Certaines actions répressives, les bombardements en particulier, avaient surtout pour but d'appuyer des négociations pour le rachat des esclaves ou d'obtenir d'éphémères traités d'alliance.

— La plupart des diplomaties européennes s'efforçaient d'acheter la paix avec Alger par des cadeaux adroitement distribués dans l'entourage du Dey, ou par le paiement d'un véritable tribut annuel. De plus, certaines puissances protestantes, l'Angleterre et surtout la Hollande, furent comme un arsenal de la piraterie africaine.

ENRICHISSEMENT ET INSOLENCE DES RAÏS.

— De 1628 à 1634, les pirates d'Alger capturèrent aux Français seulement, 80 vaisseaux évalués avec leur cargaison à 4 millions 752 mille livres ; de plus, ils avaient pris et mené en Alger, 1331 personnes.

— Grands pourvoyeurs des marchés de la Régence et des caisses de l'État, ils prétendirent :

- imposer aux Janissaires les Deys de leur choix, ce qu'ils firent de 1671 à 1689.
- s'affranchir du pouvoir central auquel ils consentaient tout au plus à verser 10% de leurs prises.

— Les Raïs opulents se firent bâtir des maisons belles et spacieuses des palais en ville ou à la campagne.