LA RÉGENCE D 'ALGER

ET LE MONDE TURC

LA RÉGENCE AU XVIIe SIÈCLE


LA RÉGENCE D'ALGER ET L'EUROPE

POLITIQUE ÉTRANGÈRE. DE LA RÉGENCE :

— Au XVIIème siècle, la Régence négocie des traités et pratique une politique étrangère autonome : Le Bastion de France est incendié en 1604 alors que la Porte de Constantinople accepte de renouveler les Capitulations avec la France.

D'ailleurs, le Dey n'accepte de s'engager qu'avec une puissance à la fois, ce qui permet aux corsaires de s'attaquer aux navires de toutes les autres. La paix signée, en 1670 avec Louis XIV amène une recrudescence de la course contre les Hollandais et les Anglais. La paix de 1681 avec les Anglais déclenche une reprise de la piraterie contre la France.

— Quant aux puissances européennes, elles s'efforcent d'améliorer leur position économique dans la Régence et d'obtenir des conditions avantageuses pour le rachat des captifs. Des manifestations de force viennent parfois appuyer les arguments des diplomates.

— Cependant, certaines puissances n'hésitent pas à ménager les Barbaresques pour s'en faire des alliés contre un adversaire éventuel. C'est ainsi que les Hollandais arment les Turcs et accueillent les navires d'Alger et de Salé dans les ports des Pays-Bas. Les Turcs ne sont-ils pas ennemis des Espagnols ?

Une subtile politique d'équilibre méditerranéen impliquait le maintien des corsaires algériens malgré l'irritant problème de la course. Ils bénéficiaient d'ailleurs d'une active contrebande d'armes, et la piraterie n'entraînait nullement la suppression de relations commerciales régulières avec les nations dont les navires étaient pillés.

 

LOUIS XIV ET LA RÉGENCE D'ALGER

— Comme dans ses relations avec Constantinople, Louis XIV fut guidé par ses inspirations diverses où l'on retrouve l'influence des « dévots » (duchesse d'Aiguillon, Vincent de Paul, la compagnie de Jésus) et celle de Colbert.

— Louis XIV voulait en effet, imposer le respect de son pavillon en Méditerranée, conserver les avantages économiques reconnus à la France sur les côtes Est de la Régence, mais aussi faire honneur à ses obligations de Souverain chrétien qui, aux yeux de la Catholicité, devait « assurer la vengeance sur les Turcs par la justice de ses armes ». (P. Dan).

Il lui fallait aussi veiller au maintien de l'alliance traditionnelle avec l'Empire Ottoman.

— Les « dévots » triomphèrent d'abord, puis, après la mort de Saint Vincent de Paul, l'influence de Colbert devint prépondérante, et il retira les Consulats d'Afrique aux Lazaristes pour les confier à des fonctionnaires.

— Dans tous les cas, le Roi fut amené à manifester sa puissance par des expéditions et des actions de guerre :

- 1661-1665 - Bombardement d'Alger.
- 1664 - Tentative d'occupation de Djidjelli.
- 1682-1683 - Duquesne bombarde Alger.
- 1688 - Bombardement d'Alger par d'Estrée.

— L'action de Duquesne fut sans doute la plus importante par ses conséquences ; elle devait en effet aboutir au traité peu connu dit « de Tourville ». Duquesne exigeait la libération de tous les Chrétiens captifs en Alger, pris sur des bateaux français. En représailles du bombardement de la ville (26-27 Juin 1683), le Père Levacher, qui avait pourtant acquis une grande autorité auprès des Turcs, subit le supplice du canon, ainsi que vingt résidents français.

— Duquesne regagna la France et laissa le Chevalier de Tourville en croisière le long des côtes de la Régence. Celui-ci, pressenti par Mezzo Morto, devenu Dey après l'exécution de son prédécesseur, négocia un traité qui fut signé le 25 Avril 1684. Ce traité, dit « de Tourville » devait, selon ses auteurs, assurer une paix de cent ans. Il servit de base aux conventions qui intervinrent ultérieurement entre la France et la Régence d'Alger.