16. - UN RAÏS
: PORTRAIT DU RAÏS HAMIDOU

« Je regrette que les usages musulmans m'aient enlevé les moyens d'employer le crayon au lieu de la plume, c'eût été plus court et plus ressemblant. Tout ce que je puis dire de mon raïs, c'est qu'il était de taille moyenne, mais bien prise, et qu'il avait le teint blanc, les yeux bleus et le poil blond. Conformément à la mode immémoriale des raïs, il se rasait toute la barbe et ne gardait que les moustaches auxquelles par compensation, il donnait toute liberté de croître. Pour moi c'est bien ainsi que je me représente un raïs : une figure rasée, des moustaches assez longues pour pouvoir être nouées derrière la tête, plus une énorme pipe.

J'ajouterai que Hamidou n'était ni turc ni coulougli (issu de l'alliance des Turcs avec les femmes indigènes), il appartenait à cette classe d'arabes fixés dans la ville depuis plus ou moins longtemps.

Quant au moral, il est bien entendu que je n'ai recueilli que des renseignements favorables. Hamidou était hardi, courageux, généreux, beau parleur, élégant dans sa mise et avenant avec tout le monde, les petits comme les grands, ce qui le faisait généralement aimer. Prompt à la répartie, il était légèrement hâbleur et fanfaron : mais n'en avait-il pas le droit, puisque ses actions ne démentaient jamais ses bravades ».

A. DEVOULX. Notice biographique.