E mardi 8 octobre, par un calme plat, à six heures du matin, nous mouillons dans la large baie de Stora, bordée de montagnes escarpées. Au milieu de la rade s’avancent des masses de rochers qui proviennent sans doute de quelque éboulement.

Nous descendons à terre près de ruines romaines bien conservées. Le prince est reçu par le général Galbois, et par tous les grands chefs de la province de Constantine.

Les naturels de cette province n’ont pas l’air martial de ceux d’Oran et de Maroc, mais, pour l’aspect, le costume et l’arrangement, il est impossible de voir de plus beaux Arabes. Sous leurs haïks d’une finesse extrême, ils portent plusieurs brodées d’or et d’argent ; leurs burnous, de couleurs éclatantes et variées, sont également brodés, garnis de franges, ornés de glands ; les cordons qui ceignent le haïk autour de leu tête sont d’une remarquable élégance. Les plus recherchés dans leur parure portent de riches gandouras de velours, longues et traînantes, à manches courtes, larges et ouvertes ; leurs chevaux sont parés de housses d’or entourées de grelots et d’autres ornements bizarres et splendides, et les pieds de ces nobles coursiers sont teints en rouge avec du henné, comme les ongles des femmes ; c’est le raffinement le plus exquis du luxe d’un cavalier arabe.

Les quatre grands chefs, Ben-Aïssa, chef du Sahel, le même qui défendit deux fois Constantine contre nos troupes ; Ben-Hamelaouï, caïd du Ferjourah ; Caïd-Aly, chef des Aractas, et Boazis-ben-Ganna, chef du désert, viennent protester de leur dévouement au Roi de la France. Ils paraissent profondément touchés de la visite dont les honore le fils du roi des Français, et l’expansion vive et franche de leurs sentiments nous garantit le bon accueil des populations.

La suite de ces quatre personnages est somptueuse et considérable. Deux cents beaux cavaliers, de nombreux chameaux, des tentes élégantes, des drapeaux, et une grande quantité de domestiques attachés à la conduite de ce brillant équipage, couvrent au loin un espace considérable. Le chef du désert surtout est accompagné d’un cortège digne du rang important qu’il occupe dans la contrée ; sa famille gouverne depuis six cents ans le Beled-el-Djérid, et il amène après lui dix-huit chefs des tribus du désert qui reconnaissent l’autorité de la France.

Le prince les accueille avec une bienveillance qui paraît gagner le cœur, et dont l’effet naturel, qui entre pour beaucoup dans les vues de son voyage, sera plus sensible ici que partout ailleurs, la population y étant d’un naturel plus doux que dans les autres provinces. Bien conduite dès le commencement de l’occupation, elle semble tout à fait soumise et sincèrement attachée à notre domination.

Le prince reçoit à Stora une grande députation de la ville de Constantine, conduite par le caïd Sidy-Hammondah, le même qui fut admis près de M. le duc de Nemours après l’assaut.

S.A.R. après cette réception, qui s’est passée avec une dignité toute orientale, remonte à bord pour se rendre à Philippeville.